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A en croire la CAF, le Togo n'a pas assez payé et se retrouve suspendu pour les deux prochaines coupes d'Afrique des Nations. (Reuters)
A en croire la CAF, le Togo n'a pas assez payé et se retrouve suspendu pour les deux prochaines coupes d'Afrique des Nations. (Reuters)

Cessez-le-feu !

01/02/2010 à 08h32 - CAN 2010

Mitraillée le 8 janvier dernier dans la province angolaise de Cabinda, la sélection togolaise d'Emmanuel Adebayor a pris de nouveau une balle en plein coeur le week-end dernier en apprenant sa suspension pour les deux prochaines coupes d'Afrique des nations. En vertu de l'article 78 d'un règlement stupide, mais respecté stricto sensu, la Confédération Africaine de Football d'Issa Hayatou, son président, est ainsi passée à l'action et prouvé, du même coup, son incompétence face à une tragédie humaine. Quand la politique prend le pas sur l'humain, ce sont tous les acteurs du ballon rond qui crient à l'injustice.

Article 78 du règlement de la Coupe d'Afrique des nations en Angola: "Un forfait déclaré moins de vingt jours avant le commencement de la compétition finale ou pendant celle-ci, entraînera outre la perte du droit d'entrée, une amende maximum telle que fixée par les règlements ainsi que la suspension de l'association nationale concernée pour les deux éditions suivantes de la Coupe d'Afrique des nations. En plus, le forfait entraîne la perte de la quote-part aux bénéfices réalisés sur les recettes. D'autre part, la Commission d'organisation pourra exiger de l'association nationale concernée de réparer tous les dommages éventuels".

Obligée de statuer après le forfait du Togo pour la Coupe d'Afrique des nations 2010, la CAF s'est donc appuyée et cachée derrière ce fameux article 78 de la CAN pour punir le pays d'Afrique de l'Ouest de ne pas avoir présenté sa sélection lors de ce tournoi biennale, soldé par un troisième succès inédit des Pharaons. Mais plus que le 7e sacre de l'Égypte dans l'histoire de cette compétition, tous les amoureux du ballon rond, et même les moins avertis, retiendront surtout le mitraillage du bus togolais, le 8 janvier dernier, dans la province angolaise de Cabinda.

Le Togo mitraillé et achevé

Fenêtre sur le monde, cette Coupe d'Afrique des nations était déjà endeuillée trois jours avant même la première rencontre entre l'Angola et le Mali pour l'ouverture de l'épreuve. Le Front de Libération de l'Enclave du Cabinda avait ainsi décidé de frapper fort pour profiter de l'exposition et rappeler au monde entier que l'Angola n'était pas maître sur ses terres. Dans le mitraillage du bus togolais, deux civils avaient trouvé la mort avec l'entraîneur-adjoint togolais, Abalo Amélété, et l'intendant chargé de la communication, Stan Ocloo. Deux civils morts par la faute d'un pays organisateur qui avait ainsi décidé, avec l'accord de la CAF, de faire jouer des matches dans cette province non sécurisée. Tout cela pour prouver aux forces rebelles que Cabinda ne leur appartenait pas.

Responsables de ce mitraillage en règle pour des raisons politiques, l'Angola et la CAF ont donc décidé d'en rajouter une couche et d'enfoncer le clou, toujours justement pour des raisons politiques. Des raisons incompréhensibles par rapport au drame qu'a vécu une sélection des Éperviers, touchée dans sa chair. Une façon également, bien à elle et aberrante, de prouver qu'on ne badine pas avec les règlements.

L'Angola et la CAF pointés du doigt

Car la CAF, qui justifiait cet acte pour des raisons politiques et évidemment extra-sportives pour se dédouaner quelques heures après la tragédie, n'a rien trouvé de mieux que de suspendre le Togo pour, je cite, "une décision des autorités politiques qui enfreint les règlements de la CAF et de la CAN." En cause, le choix compréhensible du gouvernement togolais de rappeler ses joueurs et de décréter trois jours de deuil national. Rappeler des joueurs traumatisés et qui devaient en plus, en cas de participation à la CAN, toujours évoluer dans la province de Cabinda, la CAF refusant de se soumettre à des terroristes.

Plus que la CAF, qui devrait payer les pots cassés d'un tel acte avec, par exemple, le départ de son président camerounais Issa Hayatou, c'est donc le Togo qui a de nouveau été cloué au pilori en apprenant sa suspension. La Confédération Africaine de Football a toutefois encore une chance de relever la tête en supprimant cette suspension inappropriée. En 1996, le Nigeria avait ainsi été suspendu quatre ans après avoir refusé de participer à l'événement en Afrique du Sud pour des raisons politiques. Les Super Eagles avaient ensuite vu leur suspension réduite à deux ans après les JO de 1996. La bienséance réclamerait de supprimer purement et simplement cette suspension. Mais la CAF, grande prêtresse du football africain, se moque visiblement de la bienséance...

Par Grégory HANGARD
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